• Appel à contributions : démocratie

    Comme nous l’avons esquissé dans notre manifeste fondateur, le travail intellectuel que nous souhaitons engager avec le Champ des possibles se fixera pour règle d’éviter la multiplication d’approches sectorielles. Malgré leur indéniable utilité, nous faisons le constat qu’elles existent souvent déjà, nombreuses et riches, qu’elles proviennent de chercheurs et chercheuses, d’associations, de syndicats ou d’organisations politiques. Pourtant, leur qualité et leur nombre n’empêchent pas notre défaite actuelle sur le plan culturel, idéologique et politique. Ce qu’il manque au camp de l’émancipation, selon nous, est la capacité à les transformer en outils au service du combat idéologique et culturel, à les articuler pour dessiner un projet lisible, cohérent et attractif.

    Voilà pourquoi nous souhaitons que le Champ des possibles se constitue en carrefour intellectuel, un creuset visant à articuler, à coordonner différentes perspectives et expertises militantes dans une stratégie et un récit communs.

    Il nous faut à la fois nous attaquer à des questions transversales, capables de constituer les points nodaux de ce nouveau récit, et nous garder de la prétention d’y apporter seuls «nos» réponses.

    La question que nous souhaitons utiliser comme première porte d’entrée est la question démocratique. Parce qu’elle est à la fois au fondement même de la gauche, au cœur de ses différents espaces de combat, et en crise partout dans le monde.

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  • Le technosolutionnisme, du mirage à l’impasse

    Le technosolutionnisme est fondé sur la croyance que les technologies futures résoudront les crises climatiques actuelles sans que nous ayons à faire évoluer nos sociétés. Ce paradigme s’inscrit dans un récit visant à faire accroire que le capitalisme néolibéral est en capacité de s’adapter, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Parmi les exemples les plus emblématiques mis en avant, on trouve les technologies de capture des émissions de gaz carbonique – dont les scientifiques du GIEC pointent régulièrement les insuffisances et les limites –, l’avion à hydrogène, ou encore le mythe d’une intelligence artificielle capable de préserver nos modèles de consommation, en l’occurrence, ceux des plus aisé·es.

    Comme l’explique l’historien des techniques François Jarrige, cette approche constitue en réalité une stratégie de contournement politique à plus d’un titre. Il s’agit d’une impasse qui orchestre sciemment la dépolitisation des enjeux. En effet, là où nous faisons face à un problème de société structurel autour du partage, de la préservation des ressources et de la sobriété, la vision technosolutionniste fait croire qu’il ne s’agit que d’un ajustement purement «ingénierique». Cela permet aux tenants du capitalisme de poursuivre l’exploitation à outrance des ressources restantes, de faire fi des limites planétaires pourtant d’ores et déjà visibles, et de confier la résolution du péril climatique aux marchés et aux startups. Ce faisant, les citoyennes et citoyens se retrouvent privés d’un débat vital pour l’avenir de la planète et du vivant. C’est l’inaction climatique en marche ; la neutralisation de toute politique de transformation sociale. Disons-le d’emblée : il s’agit d’une chimère qui fait office de puissant frein à la lutte active contre le réchauffement global.

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  • Construire les outils pour la gauche de demain

    Construire les outils pour la gauche de demain

    Libération a publié le 28 mai notre manifeste fondateur. En voici le texte.


    Manifeste

    Le monde que nous avons connu se délite, et les peuples s’inquiètent de ce qui lui succède. Des faits tangibles attestent du chaos qui monte et l’absence de récit donnant sens à ceux-ci tend à désespérer. L’angoisse suscitée produit ses effets sur le plan politique : la confiance dans la capacité des institutions démocratiques à répondre aux crises contemporaines s’érode et les discours sur la nécessité d’un pouvoir fort, d’un homme providentiel, prospèrent.

    Si nous nous retournons sur le siècle dernier, nous constatons que ce sentiment est caractéristique des périodes de mutation du capitalisme, et des nouvelles relations socioéconomiques et géopolitiques qu’elles entraînent.

    Ces transformations se traduisent en France d’une façon spécifique. C’est d’abord l’État qui est remis en cause. Profitant du recul des services publics, des forces réactionnaires prennent une nouvelle vigueur en contestant nos principes républicains, en particulier l’égalité, au profit d’une vision hiérarchique de la société faite d’assignations de genres, classes sociales ou origines culturelles.

    Pourtant, l’histoire montre aussi que face au péril qui croît, la gauche française a su prendre ses responsabilités.

    Elle a battu ceux qui voulaient effacer la Révolution française à la fin du XIXe siècle. En 1936, face à la montée du fascisme, elle a fait Front populaire, en dépassant des divergences bien plus aigües que celles d’aujourd’hui, et engagé d’ambitieuses réformes.

    En 1945, après la trahison de l’extrême droite, elle a bâti la Sécurité sociale, traduction concrète de l’idée de République sociale. En 1981 et en 1997, c’est rassemblée qu’elle a su construire des alternances.

    En juillet 2024, après une dissolution surprise plaçant de facto l’extrême droite aux portes du pouvoir, c’est par un rassemblement inédit que la gauche et les écologistes ont déjoué les pronostics.

    Sous la bannière du Nouveau Front populaire, ils ont redonné pour un temps souffle à l’espérance, avec un programme de législature apportant des réponses aux urgences que sont le pouvoir d’achat, l’abrogation de la réforme des retraites ou la planification écologique. Ces mesures nécessaires restent cependant insuffisantes pour tracer, dans un système politique à bout de souffle, un horizon alternatif et désirable. En effet, la mutation actuelle du capitalisme, devenu ouvertement prédateur face à la finitude des ressources, nous oblige à refonder avec bien plus d’ampleur notre pensée politique.

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